Le Billet et le Courtier

En ce jour de krach pour l’économie mondiale, je me permets de ressortir de mes archives cette fable que j’avais écrite voilà cinq ans. Le thème est bien connu, mais donne plus que jamais à réfléchir :

Le Billet et le Courtier

Un financier ruiné depuis quelques printemps,

Glanant débauché sur un trottoir répugnant,

Aperçut devant lui une coupure d’argent.

 

Notre mendiant, brutalement s’agite

Otant de sa tête les idées parasites.

Dans sa course, c’est logique

Il médite sur le morceau de fric :

« cinq euros seraient laids,

cependant bien assez,

je les place vite en bourse et

demain risquerai quelque gain ;

la moitié au banquier, le quart au prêt foncier.

Un mois ainsi, c’est aisé.

A moi, le raté, qui de tout fut privé,

je sens que l’argent redevient familier !

Dans mes poches à moi, le nul,

Je perçois le pognon qui pullule ! »

Dans sa bourse la fortune défile,

et tandis qu’il file

Vers lui un homme se faufile

S’incline, se penche, s’abaisse,

Récupère en liesse l’appât de la paresse.

 

Le gueux s’arrête, contemple sa défaite :

Broker, trader, « J’achète », fortune faite,
A tort et avec rien il crut gagner le faîte.

 

E. Mayer (2003)

Le Roi et le Jardin

« Il y avait un jour un roi qui avait planté près de son château toutes sortes d’arbres, de plantes et de fleurs et son jardin était d’une grande beauté. Chaque jour, il s’y promenait: c’était pour lui une joie et une détente. Un jour, il dût partir en voyage. À son retour, il s’empressa d’aller marcher dans le jardin. Il fut désolé en constatant que les plantes et les arbres étaient en train de se dessécher. Il s’adressa au pin, autrefois majestueux et plein de vie, et lui demanda ce qui s’était passé. Le pin lui répondit: ” J’ai regardé le pommier et je me suis dit que jamais je ne produirais les bons fruits qu’il porte. Je me suis découragé et j’ai commencé à sécher.” Le roi alla trouver le pommier : lui aussi se desséchait… Il l’interrogea et il dit: ” En regardant la rose et en sentant son parfum, je me suis dit que jamais je ne serais aussi beau et agréable et je me suis mis à sécher.” Comme la rose elle-même était en train de dépérir, il alla lui parler et elle lui dit: “Comme c’est dommage que je n’ai pas l’âge de l’érable qui est là-bas et que mes feuilles ne se colorent pas à l’automne. Dans ces conditions, à quoi bon vivre et faire des fleurs ? Je me suis donc mise à dessécher.” Poursuivant son exploration, le roi aperçut une magnifique petite fleur. Elle était toute épanouie. Il lui demanda comment il se faisait qu’elle soit si vivante. Elle lui répondit: ” J’ai failli me dessécher, car au début je me désolais. Jamais je n’aurais la majesté du pin, qui garde sa verdure toute l’année; ni le raffinement et le parfum de la rose. Et j’ai commencé à mourir mais j’ai réfléchi et je me suis dit: ” Si le roi, qui est riche, puissant et sage, et qui a organisé ce jardin, avait voulu quelque chose d’autre à ma place, il l’aurait planté. Si donc, il m’a plantée, c’est qu’il me voulait, moi, telle que je suis.” Et à partir de ce moment, j’ai décidé d’être la plus belle possible !” »

Auteur inconnu